
Véritable pionnier du punk-rock français à la fin des années 70, le groupe Starshooter a laissé une empreinte indélébile sur l’histoire musicale lyonnaise (Et bien au-delà !). Entre énergie brute et autodérision, le groupe emmené par Kent a marqué toute une génération d’amateurs de rock. Preuve en est, l’excellent accueil réservé – près de 50 ans après ! – à la réédition, par le label Simplex Records, de démos inédites (1977-1981).
🎙️ À l’occasion du lancement du disque au Tiki Vinyl Store à Lyon, nous avons bavardé avec Kent et il revient, dans cette interview, sur cette période bouillonnante, sur l’évolution du son de Starshooter et sur l’effervescence d’une scène rock lyonnaise en pleine explosion. Nous avons également tendu le micro à Christophe Simplex, l’artisan de cette belle réédition. ⏬
Bonjour Kent ! Quel plaisir de reparler de Starshooter avec la sortie de ces bandes inédites ! Elles couvrent une période charnière, entre l’explosion punk de 1977 et un son plus produit en 1981. En réécoutant ces enregistrements, qu’est-ce qui te frappe le plus dans l’évolution du groupe sur ces quatre années ?
Ce qui est intéressant à comparer dans les démos de 1977 et celles de 1981, c’est notre approche du studio sans producteur pour nous guider. On joue le plus live possible dans les deux cas, mais en 81, on expérimente bien plus, ce dont on était incapables en 77. D’un côté, je suis épaté par l’énergie incroyable des premières démos ; de l’autre, je ne me souvenais plus qu’on maîtrisait aussi bien notre musique dans les dernières.
La session de 1977 au studio de Milan a une énergie brute qui rappelle l’urgence des premières heures du punk français. Dans quel état d’esprit étiez-vous à l’époque ?
On avait à peine 20 ans, et on pensait vraiment qu’à 25, on serait trop vieux pour faire du rock. On était pressés, il fallait que ça sorte. Les démos de 77, c’est là où tout se cristallise. Deux mois avant, on se cherchait encore, je me mettais à écrire nos premiers textes en français. Le succès de notre concert en première partie d’Higelin à Grenoble et l’intérêt de Philippe Constantin à notre égard nous ont donné une confiance folle. On est arrivés en studio, sûrs de nous et prêts à bouffer le monde.

Ce son minimaliste et ultra efficace était-il un choix ou une contrainte technique ?
C’était les deux à la fois. De la contrainte naît le style, c’est une constante dans toutes les formes d’expression.
Sur les enregistrements de 1981, on sent déjà une transition vers un son plus new wave, moins frontal que les débuts. Aviez-vous conscience à ce moment-là que Starshooter était en train de changer d’ère ?
Les démos de 81 ne sonnent pas new wave pour moi. Cette couleur, on la trouve dans Chez Les Autres, l’album précédent. C’était un parti pris de notre part. Mais il y avait un décalage entre notre son en studio et notre son sur scène, plus énergique et rentre-dedans. On a voulu y remédier et c’est dans cette idée qu’on a fait les maquettes de 81.
Pour ma part, j’ai pris conscience qu’on changeait d’ère après, durant l’enregistrement du dernier album à Londres. L’arrivée des synthétiseurs chez les nouveaux groupes, les boîtes à rythmes, les musiciens bien peignés…
L’époque où Starshooter explosait était aussi celle d’une scène punk-rock française en pleine effervescence. Comment situerais-tu le groupe dans ce paysage, entre la radicalité de Métal Urbain et le second degré de Bijou ?
On se sentait plus proches de Bijou que de Métal Urbain, bien que je trouvais leur démarche musicale très intéressante. On pratiquait aussi le second degré, voire l’autodérision, ce qui est toujours mal vu chez les rockers dits purs et durs. On aimait bien provoquer cette faune-là en prenant le contrepied de la rock’n’rock attitude. Ce qui a fait qu’on était très controversés et nous a valu quelques concerts mouvementés.

Avec ce recul de plusieurs décennies, quel regard portes-tu sur cette période ?
C’était véritablement une explosion de liberté et une réelle émancipation du rock français. Une génération de mômes s’est retrouvée dans ces groupes, ce qui a désarçonné l’industrie musicale ronronnante. Prises de court par le phénomène, les maisons de disques nous ont laissé une liberté quasi totale avant que le marketing ne reprenne le contrôle de la situation.
L’album sort exclusivement en vinyle en 2025. Penses-tu que ce format permet une meilleure redécouverte de Starshooter, comparé aux rééditions CD ou aux plateformes de streaming ?
Le vinyle a le vent en poupe, on parle forcément mieux d’une sortie d’album dans ce format qu’en CD. Mais ça reste une niche. Les vraies gens vont sur les plateformes désormais. Je trouve la pochette très réussie et elle le doit au format 30 centimètres.
Vinyle, CD, les deux formats me vont quand le travail de présentation est soigné. Je suis très attaché à l’esthétique des albums et aux notes de pochette. J’aime les beaux objets. Il faut respecter le public. On traite trop les amateurs de musique comme de simples consommateurs et la musique comme un simple produit de consommation. Je déteste le streaming et le mépris avec lequel les plateformes exploitent les artistes.
Après Starshooter, tu as pris un virage vers une carrière solo. Y a-t-il malgré tout des éléments de cette période punk-rock qui ont continué à influencer ta musique, ton énergie et ton approche de l’écriture ?
J’ai toujours en moi cette rage primitive, mais je la canalise autrement. Je ne suis plus un geyser d’eau bouillante, je suis devenu une chaudière ! Sur scène et sur disque, j’ai besoin de gueuler à un moment donné, pour lâcher la pression. Idem dans l’écriture. Si l’on est attentif à mes paroles, on peut y sentir des montées de fièvre derrière un humanisme bon enfant.
Quand tu écoutes la scène rock française actuelle, perçois-tu un héritage de Starshooter chez certains artistes ?
Pas du tout. Je ne connais pas de groupes qui se réclament directement de nous en particulier. Mais je sais que cette scène existe et perdure parce qu’on en a été les pionniers. Ça, on ne peut pas le retirer à ma génération.

Pour finir, il en reste encore beaucoup des trésors cachés dans les tiroirs ?
Dans mes tiroirs, il ne reste rien d’inédit de cette époque, hormis des enregistrements de concerts de qualité discutable. Quand j’entends comment Bruno Germain a réussi à faire sonner les démos de 1981, je me dis qu’il y a peut-être moyen d’en tirer quelque chose. On verra bien.
Les présentes démos 1977/1981 sont les seules de notre carrière. Entre ces deux dates, nous n’avons plus fait de maquettes. Nous rentrions en studio pour enregistrer nos albums directement.
Je regrette que Pathé Marconi/EMI n’ait pas gardé de trace de l’intégralité de notre concert au Rock d’ici à l’Olympia en 1978. Peut-être une mise à plat dort-elle chez un collectionneur… Ce serait une belle surprise.
Christophe Simplex « Mon tout premier disque était un disque de Starshooter ! »
Christophe Simplex, passionné par l’histoire du rock lyonnais, a joué un rôle clé dans ce projet en supervisant la restauration et la remasterisation des démos. C’est sur son label Simplex Records que cette 10e référence vient de voir le jour. Il était tout naturel qu’on lui tende également le micro !

Christophe ! Viens un peu par là ! Dis-nous comment est né ce projet de réédition des enregistrements de Starshooter ?
Alors, tout a commencé le 20 avril 2024 chez le disquaire lyonnais Tiki Vinyl Store, où Kent dédicaçait la nouvelle édition de son album Kent en Scène. Ce jour-là, il m’a interpellé au sujet de mon label, Simplex Records, qu’il connaissait notamment grâce à l’album de Floo Flash. Il m’a demandé si Starshooter pouvait m’intéresser. Bien sûr, j’ai dit oui ! Mais je voulais savoir s’il existait des bandes inédites, car c’est l’ADN du label : sortir des enregistrements jamais publiés.
Il m’a alors parlé des bandes de 1981 (15 titres), que je connaissais déjà puisque j’étais un membre très actif du Staff, le fan-club lancé par Olivier Leroy à Lyon à la fin des années 80. Mais il m’a aussi évoqué une session parisienne de 1977 (5 titres) enregistrée au studio de Milan avant la sortie de leur premier disque. Et ça, c’était une vraie découverte pour moi !
Pourquoi avoir choisi de sortir un double album plutôt qu’un best of des sessions de 1981, comme Kent l’avait imaginé au départ ?
L’idée initiale de Kent était de proposer une sorte de version en chantier de Pas Fatigué, en sélectionnant quelques morceaux des sessions de 1981. Mais une fois que j’ai reçu l’ensemble des titres, y compris ceux de 1977 – sur lesquels Kent était un peu hésitant au départ –, j’ai tout de suite senti qu’il fallait en faire un double album avec l’intégralité des enregistrements. On a un peu discuté des morceaux de 1977, que je trouvais incroyables, et au final, on est tombé d’accord. À partir de là, j’ai lancé l’affaire !

Comment as-tu travaillé sur l’aspect visuel et la production du disque ?
Comme d’habitude, c’est Stéphane Pétrier qui a réalisé les visuels. Les quatre membres de Starshooter ont aussi participé en partageant leurs documents, leurs souvenirs et leurs avis. Chez Simplex Records, on n’a pas les moyens financiers d’un gros label, donc on ne peut pas offrir aux artistes de quoi se faire creuser une piscine… Mais on veut qu’ils aient un disque dont ils soient fiers et qui s’intègre parfaitement dans leur discographie.
Pour ce double album, on a choisi une pochette ouvrante, accompagnée d’un insert avec un texte de Kent qui replace ces sessions dans leur contexte. Côté mastering, j’ai fait appel à Bruno Germain, avec qui j’avais déjà travaillé sur l’album de Factory. Il a fait un boulot énorme, et d’après ce que j’ai entendu, le groupe a été bluffé. Je savais que Bruno était fan de Starshooter, et son enthousiasme a clairement été un plus pour le projet !
Y a-t-il eu des obstacles particuliers dans la production du disque ?
Dans l’ensemble, ça a été fluide, rapide et efficace (dans une société saine !). Mais il y a eu un moment de stress quand j’ai découvert qu’un des 20 morceaux était bloqué par son éditeur. Problème : cet éditeur n’existe plus… Après plusieurs rachats, le titre appartenait finalement à Sony Music Publishing, et il fallait obtenir leur accord écrit. J’avais du mal à imaginer un appel du type : « Allô Sony Music, c’est Simplex Records, votre collègue lyonnais… », donc Kent a utilisé ses connexions pour trouver le bon interlocuteur. Grâce à lui, j’ai pu obtenir l’accord tant attendu !
Autre petit défi : la fermeture de la Manufacture de Vinyles, qui m’a obligé à trouver un nouveau presseur en urgence. Je voulais absolument rester en France, et Media Industry, basé dans les Vosges, a été une excellente surprise : hyper réactif et très pro.
Le 14 mars 2025, le double LP Garage Bandes 1977-1981 de Starshooter est sorti. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?
C’est une vraie fierté. C’est la 10e référence de Simplex Records, et elle a une signification particulière pour moi. Chez Les Autres, le tout premier album rock que je me suis offert en 1980, était un disque de Starshooter. C’est lui qui a marqué le début d’une passion qui ne m’a jamais quitté.45 ans plus tard, sortir ce double album de Starshooter, c’est une sorte d’aboutissement pour moi et, par ailleurs, ça va mettre un énorme coup de projecteur sur le label. Voilà qui nous encourage à continuer notre petit bonhomme de chemin avec plusieurs autres sorties à venir courant 2024… Pour ça je ne remercierai jamais assez les fab four lyonnais !
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